André décroche le téléphone.
— Isidore Legrand.
De l'autre côté de la ligne, l'enquêtrice vérifie son document. A-t-elle fait une erreur?
— C'est moi-même.
— Euh... excusez-moi. Ne venez-vous pas de dire «Isidore Legrand»?
— Oui, en effet. C'est moi aussi, répond aimablement l’interlocuteur.
— Je ne comprends pas, monsieur. Êtes-vous Isidore Legrand, ou André Vine?
— Comme vous préférez. Je suis les deux.
Cette fois, Alexandra patauge. Comment doit-elle remplir la déclaration? La personne au bout du fil usurpe-t-elle une identité? Déconcertée, elle hésite. Ras-le-bol de ce métier mal payé qui demande des compétences de psychologue!
— Oui, bien sûr, excusez-moi. André Vine correspond à mon état civil. Vous pouvez procéder.
— Voyez-vous, je ne me sens pas toujours dans la peau d'un André Vine. Ce n'est pas que mon nom ne me plaise pas, mais j'y suis habitué! Aujourd'hui, je déborde d'énergie. J'ai obtenu une promotion à mon travail et, de plus, ma femme et moi partons trois jours en vacances. Je ne peux tout de même pas m'appeler André Vine!
L'enquêtrice sourit. Elle imagine un homme fantasque, à l'enthousiasme contagieux.
— Quand ça ne va pas, poursuit André, je m'appelle Balthazar Ossenfou. Forcément, je m’estime moins concerné: les ennuis, c’est pour lui! Avec le recul, les problèmes paraissent plus simples.
Alexandra peut compléter le formulaire. André Vine n'est pas fou. Loin de là, conclut-elle en clôturant le questionnaire.
