À l’affût, brasseries et boulangeries guettent la fin de la cérémonie, prêtes à accueillir les affamés. Christiane reconnaît le restaurant chinois, cadre d'innombrables souvenirs. Stationnées au pied de l’église, les voitures des fidèles masquent presque entièrement le parvis de pierre bleue. C'est la première fois que Christiane revient dans la petite église qui préside à son ancien quartier.
Elle pénètre à l’intérieur de la construction religieuse. Pour se rendre à l’avant, par réflexe, elle contourne la masse des participants. Elle s’immobilise à proximité de la statue de Saint Antoine puis scrute la foule, à la recherche de visages familiers. Subsiste-t-il encore l’une ou l’autre de ses connaissances? Pourquoi pas! Tout à coup, ça y est, elle identifie Arthur; celui-ci remarque sa vieille amie et se dirige vers elle aussitôt.
— Prodigieux, comme tu peux l’imaginer.
— Mais oui… Quelle joie de te retrouver. Quand es-tu arrivée?
— Il y a deux mois.
— Déjà? et Louis, où en est-il? demande Arthur doucement.
— Louis se porte bien, compte tenu. Je l’attends, en quelque sorte.
Un moment s’écoule tranquillement pendant que, derrière l’autel, le jeune prêtre parle de Jésus.
— T’as raison! C’est Jeanne!
— Et si on l'appelait, Lucie, justement? Ça réconforterait sa maman, suggère Arthur.
— Écoute, j’ai l’impression qu’elle n’en bénéficierait pas en cet instant précis... qu'en penses-tu?
— D'accord, je me fie à ton ressenti.
— Eh! une rangée en arrière! C'est Mitch?
— Absolument! même que la dame à sa gauche, avec le serre-tête bleu, est sa compagne actuelle.
Les deux amis déambulent discrètement jusqu'à frôler leur point de mire.
— Elle a l’air très douce, est-ce que je me trompe?
— Une crème. Je suis si content pour lui—et pour elle!
— S’ils savaient qu’on les épie! pouffe Christiane.
L’orgue inonde l’église de son ampleur magistrale: la messe se termine.
— Note, réfléchit Christiane, certains le pressentent… vois, dans la partie droite, l’homme au sac à dos vert.
— Quel superbe sourire. Oui, en voilà un qui a la foi. Allez, on y va?
Tous deux se volatilisent, en route vers de nouvelles aventures, ne laissant derrière eux qu’un parfum floral à peine discernable.
photo © DDP
