La Messe de midi quart • Et si c'était vrai?

À l’affût, brasseries et boulangeries guettent la fin de la cérémonie, prêtes à accueillir les affamés. Christiane reconnaît le  restaurant chinois, cadre d'innombrables souvenirs. Stationnées au pied de l’église, les voitures des fidèles masquent presque entièrement le parvis de pierre bleue. C'est la première fois que Christiane revient dans la petite église qui préside à son ancien quartier.

Elle pénètre à l’intérieur de la construction religieuse. Pour se rendre à l’avant, par réflexe, elle contourne la masse des participants. Elle s’immobilise à proximité de la statue de Saint Antoine puis scrute la foule, à la recherche de visages familiers. Subsiste-t-il encore l’une ou l’autre de ses connaissances? Pourquoi pas! Tout à coup, ça y est, elle identifie Arthur; celui-ci remarque sa vieille amie et se dirige vers elle aussitôt.

— Chris! Quelle fantastique surprise! Je ne savais pas… Comment vas-tu, dis-moi?

Elle s’immobilise à proximité de la statue de Saint Antoine

— Prodigieux, comme tu peux l’imaginer.
— Mais oui… Quelle joie de te retrouver. Quand es-tu arrivée?
— Il y a deux mois.
— Déjà? et Louis, où en est-il? demande Arthur doucement.
— Louis se porte bien, compte tenu. Je l’attends, en quelque sorte.

Un moment s’écoule tranquillement pendant que, derrière l’autel, le jeune prêtre parle de Jésus.

— De mon côté, poursuit Christiane, je n’arrête pas d’apprendre!
— Je te préviens. On ne s’habitue pas… même au bout de quatorze ans, mon éblouissement perdure, pareil au commencement.
— Je te crois.

Observant l’assemblée, Chris enchaîne:
— Comme ils paraissent graves!
— Que veux-tu. Un jour, peut-être… Oh, au troisième rang, il y a Jeanne.
— T’as raison! C’est Jeanne!

Arthur à ses côtés, Christiane s’approche de la femme qui caresse un morceau d’étoffe colorée. Le mouchoir de Lucie, réalise la visiteuse. Elle en possédait toute une collection à l’effigie des monuments parisiens. L’arc de triomphe, la tour Eiffel…
— Et si on l'appelait, Lucie, justement? Ça réconforterait sa maman, suggère Arthur.
— Écoute, j’ai l’impression qu’elle n’en bénéficierait pas en cet instant précis... qu'en penses-tu?
— D'accord, je me fie à ton ressenti.
— Eh! une rangée en arrière! C'est Mitch?
— Absolument! même que la dame à sa gauche, avec le serre-tête bleu, est sa compagne actuelle.

Les deux amis déambulent discrètement jusqu'à frôler leur point de mire.
— Elle a l’air très douce, est-ce que je me trompe?
— Une crème. Je suis si content pour lui—et pour elle!
— S’ils savaient qu’on les épie! pouffe Christiane.

L’orgue inonde l’église de son ampleur magistrale: la messe se termine.

— Il leur suffirait de croire, déclare paisiblement Arthur. On ne peut pourtant pas dire que le message s’est perdu! Combien d’entre eux le répètent quotidiennement?
— Note, réfléchit Christiane, certains le pressentent… vois, dans la partie droite, l’homme au sac à dos vert.
— Quel superbe sourire. Oui, en voilà un qui a la foi. Allez, on y va?

Tous deux se volatilisent, en route vers de nouvelles aventures, ne laissant derrière eux qu’un parfum floral à peine discernable.



photo © DDP