— Allô? dit la voix grave.
— Georges? C'est Elisabeth, déclare la voix chaleureuse. Excuse-moi de te déranger si tard.
— Tu me déranges à peine, j'étais sur le point de commencer un film.
— Je ne vais pas te retenir. Dis-moi juste une chose. As-tu vu Marinella récemment?
Assis au fond d’un fauteuil club, l'homme entre deux âges porte un peignoir sur son pyjama de soie. Il jette un coup d'œil machinal en direction du vestibule. Il hésite une seule seconde avant de réagir.
— Non. Pas depuis quelques jours. Pas depuis la réception chez Jean-Guy, à y réfléchir. Pourquoi?
— Elle est injoignable, dit Elisabeth, le souffle court. Elle ne répond pas au téléphone, ni chez elle, je suis allée sonner. Georges, ça fait trois jours qu'elle ne se présente pas au cabinet.
— Bah, tu la connais, dit l'homme. Elle aura fait une rencontre de passage et emmené l'élu du moment dans une de ces auberges de luxe qu'elle affectionne tant!
— Oui, je suppose que tu as raison. D'habitude, elle m’appelle avant de disparaître, voilà tout. Je te remercie. Bonne nuit, Georges.
— Bonne nuit, Elisabeth.
Georges raccroche. Poursuivant sa soirée, il se prépare un martini et s'installe confortablement sur le divan. À l’intérieur du placard de l'entrée, sous un épais plastique transparent, un beau visage encadré de boucles brunes regarde dans le vide.
photo © Annie Spratt
